Avant-propos par Michel Jolicoeur Il faut l’avouer, Salut, Riopelle ! nous a d’abord paru une belle occasion de tenter de pousser plus loin les possibilités de l’interaction, d’inventer un langage, une expérience nouvelle. Nous n’avions peut-être pas saisi alors à quel point Riopelle était un sujet magnifique, d’une richesse inouïe et d’une profondeur insondable. La vie et l’œuvre de l’artiste, bien sûr, mais aussi son attitude à l’égard de toute chose de la vie, son rapport à la création, sa philosophie furent dans notre démarche une source d’inspiration intarissable. Tous ceux qui ont rencontré Riopelle le disent: c’est une expérience qui ébranle, qui transforme. Nous allions à notre tour être entraînés dans une aventure extravagante, voire déraisonnable et insensée. La production de Salut, Riopelle ! a duré quatre ans. Il est vrai que c’était un énorme défi à relever. Comment parler de Riopelle sans tomber dans la facilité? Il n’était pas question de seulement présenter l’œuvre d’un côté, la vie de l’autre. Il nous paraissait essentiel de mettre la démarche de l’artiste en contexte. Il importait d’évoquer les mouvements artistiques qu’il a traversés, de dépeindre les êtres qu’il a rencontrés, qu’il a aimés. Il fallait aussi explorer le rapport particulièrement signifiant qu’il entretenait avec les lieux qu’il a fréquentés, ses animaux, ses nombreuses passions: la chasse, la pêche, la mécanique automobile, la voile et, par-dessus tout, la nature, source absolue d’inspiration. On le comprend, le projet est vite devenu extrêmement complexe, d’autant plus que Riopelle appartient à cette race d’artistes dont le parcours défie les lois et échappe aux catégorisations préconçues. Celui-ci était d’abord et avant tout un homme de convergence, et le nombre d’artistes, de musiciens et d’écrivains qu’il a côtoyés au cours de sa vie est phénoménal. Qui a influencé qui dans cet aréopage où les plus grands esprits du siècle se sont affrontés, puis nourris? Qu’importe. Ce qui nous intéresse ici, c’est la confluence des idées. Salut, Riopelle !, c’est tout à la fois une rencontre avec l’artiste, une immersion dans son environnement, une réflexion sur l’art et une plongée au cœur de son œuvre. Tout se passe dans un climat de détente, et chaque explorateur imprime au voyage son rythme particulier. Salut, Riopelle !, c’est une histoire remplie de détails inattendus, qui évoque à tout instant la volonté créatrice, la volonté d’exister. Le scénario est inspiré de l’esprit ludique de l’artiste et de l’importance que celui-ci accordait à l’intuition. L’interactivité nous semblait une voie très opportune pour rendre compte de cette vie faite de contrastes et de surprises, pour représenter un homme qui aimait transgresser les règles de l’art. «Riopelle, c’est l’art d’un trappeur supérieur», disait André Breton. Nous incombait-il à nous d’en décoder les pièges? Non, certes. Nous avons plutôt voulu créer un climat favorable pour se rapprocher de l’œuvre et de ses multiples lectures possibles. C’est à chacun de l’interpréter. Riopelle en a vu la version définitive. Après l’avoir visionnée, il est resté un long moment silencieux. Puis, il a dit: «Merci.» Un mot tout simple et presque inespéré qui valait bien les quatre années consacrées au projet. En réalité, c’est nous qui lui sommes reconnaissants. L’aventure de Salut, Riopelle ! nous a fait comprendre, en effet, qu’il est toujours possible d’aller plus loin et qu’il ne faut jamais s’asseoir sur ses acquis. Breton n’avait-il pas raison d’ailleurs quand il disait: «Mais une fois ces pièges piégés, un haut degré de liberté est atteint»? Merci, Riopelle! |